La Renaissance du Flamant Rose en Camargue

Flamant Rose Camargue -

La Renaissance du Flamant Rose en Camargue

Pour beaucoup les Flamant roses sont une constante du déco des grandes lagunes du sud de la France. Mais savez-vous que, dans les années soixante, ils étaient à peine un millier. C’est-à-dire seulement 2% de la population actuelle ? 😱 

À cette époque, les effectifs de Flamants roses sont très faibles dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Plus de cinquante ans plus tard, il n’existe pas moins d’une dizaine du sites réguliers de reproduction dans cette région, où s’installent chaque année des dizaines de milliers d’individus.

Alors comment en est-on arrivé à sauver l’emblème de toute une région ? La reconquête du bassin méditerranéen par le Flamant rose fait partie de ces quelques belles histoires de retours réussis d’espèces menacées. 👏 En arrivant en Camargue, j’ai pu découvrir les longues étapes de cette fabuleuse épopée.

Bond dans le temps au milieu du XXe siècle dans un petit bout de Camargue

flamant rose en camargue

1) 1946 : le coup de cœur d’un ornithologue suisse pour la Camargue

Un été de 1946, un jeune ornithologue suisse foule pour la première fois les grandes terres salées du sud de delta du Rhône. Pour tout passionnée d’oiseaux, 🐦cette région a quelque chose de surnaturel. Autant d’espèces différentes, réunies en même temps, en un seul lieu…

Une seule paire d’yeux et de jumelles sont insuffisants pour ne manquer aucune coche*, ces petites croix qu’inscrivent les ornithologues sur leur guide, en face de chaque nouvelle espère rencontrée.

*Coche : en ornithologue, fait de noter, dans un guide par exemple, une croix à côté de l’oiseau que l’on observe pour la première fois. Les passionnés qui sillonnent le monde à la recherche d’oiseaux nouveaux sont appelés « des cocheurs ».

C’est un véritable choc émotionnel pour le jeune homme. Il l’ignore encore, mais la Camargue va pour lui être le point de départ d’un combat sans relâche pour l’étude et la conservation d’écosystèmes particulières : les milieux humides. Le retour du Flamant rose dans la région méditerranéenne sera, également grâce à Allan Johnson, l’un de ses tout premiers succès. 🎉

Après quelques jours passés à débusquer glaréoles à collier, aigrettes et avocettes, il rentre dans sa région bâloise natale. Près de la campagne de Frenkendort, la Camargue le hante sûrement…

Rien, cependant, ne destinait Luc Hoffmann à se passionner pour la nature. Petit-fils de Fritz Hoffmann-La-Roche, créateur des laboratoires pharmaceutiques du même nom, son avenir était tout tracé. Mais alors qu’il aurait pu tout naturellement se satisfaire de reprendre les rênes de l’entreprise familiale, il se passionne très tôt pour la nature 🌲 et son fonctionnement.

Enfant, ce sont les nombreux oiseaux qui peuplent la campagne du canton de Bâle qui le fascinent tout particulièrement. Il passe des heures à les observer, 👀s’essaye à l’élevage, expérimente diverses techniques de capture.

observer des oiseaux en cours de vol

Un jour ce sont des oisillons abandonnés dans leur nid qu’il décide de nourrir à la main, le jour suivant c’est une cane épuisé par le grand froid hivernal  qu’il installe au chaud dans sa baignoire. Mais les oiseaux n’avaient pas le monopole de son attention. Luc raconte souvent cette anecdote, lorsqu’il trouve dans un cours d’eau des têtards qu’il ramène chez lui croyant les voir se transformer en grenouilles. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvre quelques jours plus tard des salamandres noires et jaunes peupler sont aquarium ! Souvent dehors, muni d’une paire de jumelles et de quoi faire quelques croquis des espèces rencontrées, il ne prévoyait jamais l’heure ⏰ à laquelle il rentrerait.

Il intègre dès l’adolescence les réseaux ornithologues. Il n’est encore qu’un écolier quand il publie Der Durchzug der Strandvögel in der Umgedung Basels – Le passage des oiseaux marins dans la région de Bâle.

L’un de ses premiers voyages le conduit jusqu’aux côtes bretonnes où il découvre des nids de Fous de Bassan, un oiseau dont personne ne savait encore qu’il nichait en France. Il avait à peine seize ans.👍

Très vite, son attention se tourne vers les milieux aquatiques 💧 et les nombreux oiseaux d’eau qui les peuplent. « C’est dans les marais que la vie est la plus facile à observer », dira-t-il plus tard. « Les biotopes aquatiques étant relativement peu présents autour de Bâle, […], les oiseaux d’eau revêtaient un caractère exotique. »

Alors que sa famille souhaite le voir entreprendre des études de médecine 👨‍🔬 ou de chimie, le jeune homme s’oriente très vite vers la zoologie. Mais en 1943, il doit interrompre sa formation pour accomplir son service militaire.

service militaire

De retour à l’université, il commence une thèse sur la Sterne pierregarin, un oiseau marin et côtier connu également sous le nom de goélette ou hirondelle de mer. En 1946, il aura l’occasion pour la première fois son modèle d’étude sur les rivages de la Méditerranée, plus précisément en Camargue où l’espèce établit ses quartiers de reproduction.

Cette région est pour lui une véritable révélation. Des paysages sans frontières, des oiseaux qui foisonnent de toutes parts, une impression de bout du monde. 🌏 Il écrira trente ans plus tard dans un album intitulé « Camargue » qu’il consignera avec Karl Weber : « Nulle part ailleurs en Europe occidentale industrialisée un règne animal si opulent ne s’est maintenu au sein d’une nature si primitive. Il faut aller en Andalousie ou à l’embouchure du Danube, voire en Afrique ou en Asie, pour fouler un sol sauvage qui frappe autant les sens et l’esprit ».

De cette petite virée ornithologue, au départ anodine, va bientôt naître la véritable vocation du jeune ornithologue : préserver la nature, obstinément, sans relâche, au-delà même des frontières.

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la nature

2) Années 1960 : Le Flamant Rose, espèce menacée

Luc Hoffmann retourne en Camargue au printemps 1947. Un an auparavant, ébloui par l’immensité et la profusion d’oiseaux, il ne s’était pas rendu compte de la mutation qui s’opérait sur ce territoire. Durant cette période d’après-guerre, la priorité est à la reconstruction, et dans cette région du sud de la France, celle-ci passe essentiellement par le développement agricole. 👨‍🌾 En Camargue, vaste zone humide, de nombreux espaces sont asséchés et transformés en rizières, exploitations viticoles ou pâturages. Les préoccupations écologiques sont à ce moment-là bien éloignées des habitants d’un pays meurtri par quatre années de guerre et d’occupation.

Luc sera l’un des premières à prendre conscience des enjeux de développement durable et des destructions en cours dans le delta du Rhône. La situation d’une espèce le réoccupe tout particulièrement. Les effectifs de Flamants roses sont très faibles, non seulement en France mais également dans l’ensemble du bassin méditerranéen.😢

flamant rose se nourrit

Les raisons sont multiples :

- les Flamants roses sont des espèces sensibles qui nichent en colonie. Ils ont donc besoin d’un îlot assez grand pour accueillir de nombreux couples, assez loin des berges et avec un niveau d’eau suffisant pour décourager les prédateurs terrestres, comme les sangliers et les renards. 🦊

- Ils sont en outre très sensibles au dérangement et abandonnent facilement leur nid à la moindre perturbation. Ainsi, la présence humaine, les fortes intempéries et les avions survolant à basse altitude les îlots nidification ne faisaient qu’aggraver la situation.

- Enfin, les seuls îlots de reproduction subissaient une érosion importante et devenaient très vite inutilisables par l’espèce. 😕

Pourtant les flamants roses se sont longtemps reproduits en Camargue. Les premiers témoignages de nidification remontent au milieu du XVIe siècle. Dans les années 1551. Quiqueran de Beaujeu fait était de plusieurs événements de reproduction réussis du Flamant rose dans le delta du Rhône.

À cette époque, la Camargue n’a pas du tout le visage que nous lui connaissons aujourd’hui. Avant les grandes opérations d’endiguement du Rhône au cours des XVIIIe siècle et XIXe siècle, puis le début du contrôle des incursions marines au XIXe, des îlots se formaient naturellement au gré des crues et des entrées d’eaux marines. Cette dynamique du delta rompue, de nombreuses espèces, comme les Flamants roses, ont plus difficilement trouvé des îlots naturels pour nicher. 

Du XVIe siècle jusqu’à la première moitié du XXe, les données relatant la nidification des Flamants sont hétérogènes. De 1914 à 1947, le naturaliste Etienne Gallet relève les dates, lieux et nombre de poussins à l’envol 🐥 sur différents sites dans le sud de la France, dont la Camargue. La reproduction est alors très irrégulière

À cette époque, les habitants de la région avaient même pris la fâcheuse habitude de prélever les œufs de Flamants roses, pour la consommation ou la vente. Sur d’anciennes photographies, on peut voir des chevaux tirer des charrettes remplies d’œufs ! 😡

À cette période, Luc Hoffmann est en Camargue depuis une dizaine d’années déjà. Sa vocation de scientifique et protecteur de la nature s’est affirmée au fil des ans. Dès 1954, il crée un laboratoire sur un vaste domaine acheté sept ans plus tôt, la Tour du Valat. Cette station biologique est composée de scientifiques et d’ornithologues réunis pour une même mission : étudier et conserver les milieux humides. La sauvegarde du Flamant rose est l’un des premiers objectifs du tout nouveau centre de recherche.

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Flamant rose au bord de l'eau

Pour cela, Luc sait qu’il doit en apprendre davantage sur la biologie de l’oiseau. Il avait déjà commencé à baguer les poussins 🐣 lors de son arrivée en Camargue en vue de suivre les mouvements de chaque individu. Mais les bagues, trop larges, finissaient par glisser le long de la fine patte de l’animal.

De plus, les inscriptions étaient difficiles à lire à distance et les adultes presque impossibles à recapturer. Perfectionnant peu à peu le système de baguage au cours des années cinquante. Luc Hoffmann et son équipe continuent à baguer des centaines de poussins.

En 1957, puis de 4000 couples nicheurs s’installent et 2500 poussins parviennent à l’envol, un record ! 👍 Dans le rapport d’activités de la Tour de Valat de cette même année. Luc Hoffmann écrit : « L’amélioration de la surveillance à certainement sa part dans ce succès et nous pouvons envisager l’avenir des Flamants roses de Camargue avec d’avantage d’optimisme qu’un an auparavant ».

Hélas, l’enthousiasme de Luc Hoffmann sera de courte durée. Les années suivantes, la reproduction est beaucoup plus sporadique. Les îlots s’érodent et la pression de prédation s’intensifie. Le Goéland leucophée, en constante augmentation en raison de la disponibilité croissante de ressources alimentaires dues aux décharges à ciel ouvert et aux rejets de la pêche commerciale,🐟 se délecte des œufs et poussins des quelques Flamants rose parvenus à trouver un bout de terre où s’installer leur nid.

Selon les années, ce prédateur peut être responsable de plus de la moitié de la mortalité des jeunes ! Les scientifiques tentent alors plusieurs actions, comme la destruction des Goélands et de leurs œufs, mais la population reste difficilement contrôlable.

A partir de 1962, plus aucun Flamant rose ne se reproduit et les préoccupations quant à l’avenir de l’espèce ne font que se confirmer…😢

flamant rose sur l'eau

Au même moment, Alan Johnson, tout juste débarqué de son Angleterre natale, vient de rejoindre l’équipe de la tour du Valat. Luc Hoffmann ne tarde pas à lui confier les études sur les Flamants roses. Le jeune Britannique doit trouver une solution à l’érosion de la population dont les effectifs s’amenuisent.

De 1965 à 1969, il suit les déplacements de l’espèce dans la région, traque leurs tentatives d’installation sur des îlots, souvent trop petits, très vite érodés, toujours autant attaqués par les Goélands. Il essaie de protéger au mieux les sites de nidification potentiels en poursuivant la campagne de contrôle de la population de Gabians*.

*Gabians : nom occitan du Goéland leucophée (Larus michahellis)

Mais à chaque nouvelle tentative, une météo trop rude ☔ou des prédateurs toujours plus voraces ont raison de la colonie. « Voilà donc quatre ans que les Flamants roses n’ont pas connu de succès de reproduction en Camargue malgré quelques vaines tentatives », écrit Allan en 1965 dans le rapport d’activités du laboratoire, dont il signe maintenant la partie concernant la nidification des Flamants roses.

L’espoir de revoir un jour les oiseaux aux ailes de Flamants roses se reproduire à nouveau s’amenuise un peu plus chaque année.

flamant rose dans l'eau

3) 1969 : l’espoir renaît enfin

En 1969, coup de théâtre ! Après sept ans longues années d’échec, 7300 couples s’installent sur un îlot situé sur l’étang du Fangassier. Utilisé par les Salins du Midi pour exploiter le sel de mer, cet îlot n’est qu’à une quinzaine de kilomètres de la Tour du Valat. Environ 6000 poussins parviennent à l’envol, un record depuis des années. 😍Tout l’attention des ornithologues se tourne alors vers le Fangassier. Et s’ils avaient enfin trouvé le site qu’ils cherchaient ?

L’endroit est parfait : les niveaux d’eau peuvent être facilement contrôlés par un système de vannes (appelées martellières) et l’étang étant privé, il sera plus facile d’en contrôler l’accès et de surveiller de près l’évolution de la reproduction. Il ne reste plus qu’à proposer une collaboration aux Salins du Midi…

Mais l’îlot piétiné pendant quatre longs mois par les quelques 7000 couples qui s’y sont installés cette année-là, s’érode dangereusement. Il n’est par ailleurs pas suffisamment grand pour accueillir une importante colonie. De nombreux couples qui ont été contraints de s’installer sur une digue avoisinante, à la merci des prédateurs terrestres, ne sont pas parvenus à mener à bien leur reproduction.flamant rose colonie

Nous l’avons évoqué plus haut, une nidification ne peut aboutir si trop peu de couples sont présents sur l’îlot. La raison est « simple ». Le Flamant rose est plutôt maladroit quand il s’agit de défendre son œuf ou son poussin 🐤 des prédateurs. C’est mathématique, en se regroupant par milliers, les Flamants roses diminuent les probabilités que leur œuf et/ou leur rejeton ne servent de dessert à un goéland ou un renard. Voilà une des raisons de l’esprit grégaire de l’oiseau.

La synchronisation des pontes, et donc des naissances, fait également partie de la stratégie. Imaginez des pontes échelonnées sur plusieurs mois. Maître Renard disposerait d’un garde-manger étalé sur une longue période et chaque couple serait à peu près certain que son poussin apparaisse dans le menu. Ainsi, plus il y a de couples qui nichent en même temps sur un même îlot, moins chacun des couples à de risques que son œuf ou son poussin 🐤soit attaqué. Il est donc primordial que l’îlot de reproduction soit suffisamment étendu.

Durant l’hivers 1969-1970, les Salins du Midi prennent en charge la construction d’un nouvel îlot de 9500 m² dans l’étang du Fangassier. Mais de l’été 1970 à 1973 inclus, les Flamants roses rechignent à s’installer sur ce nouveau site. Ils continuent à exploiter deux anciens îlots, abîmés par l’érosion. De plus, les fortes intempéries gênent la nidification.

flamant rose en colonie

L’installation pérenne des Flamants roses en Camargue se fait toujours attendre…

Alan émet alors une idée pour le moins surprenante, il propose de fabriquer des tas de boue qui mimeraient le nid du Flamant rose afin d’attirer les reproducteurs. Le nid d’un Flamant rose ressemble à un château de sable qui aurait été construit par un enfant, 👦à la différence près qu’il ne possède pas quatre tours de contrôle à chacun des angles et qu’il est creusé en son centre pour accueillir un unique œuf.

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Bouée Flamant Rose

En mars 1974, une dizaine d’ornithologues munis de seaux à vendange passent deux jours à construire des tas de boue sur l’îlot du Fangassier. On peut facilement imaginer chez toutes ces personnes un sentiment mêlé d’amusement et d’inquiétude d’un nouvel échec. Une fois les faux nids construits, tous guettent l’arrivée des premiers couples. Il suffit parfois de quelques individus courageux pour rassurer les autres et les encourager à les suivre. 🙏

Après trois longs mois, c’est gagné ! Un couple, puis deux, puis toute une foule vient s’installer. Ils ne se sont cependant pas fait duper par les petites fondations des chercheurs : ils construisent leurs propres nids entre les nids artificiels !

En 1976 les Flamants roses font du Fangassier leur seul site de reproduction. Depuis, 11 500 couples en moyenne s’installent chaque année. C’est le début d’une aventure réussie entre l’Homme, l’industrie du sel et le Flamant rose et une première victoire pour Luc Hoffmann, Alan Johnson et la Tour du Valat. 🏆


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